Idée : jmurdoch
Texte/Dialogues: Perplexity Pro
Images : Sora (ChatGPT)
Lena Luthor a échangé son corps avec celui de Supergirl
Lena Luthor swapped bodies with Supergirl
Miroirs de kryptonite ambrée
La nuit s’était abattue sur National City comme un drap de velours, troué ici et là par les halos blafards des gratte-ciel. Tout en haut de la tour Luthor, les vitres reflétaient une ville qui ne dormait jamais. À cette heure, pourtant, un seul étage vibrait encore d’activité : le laboratoire privé de Léna.Les doigts fins de la scientifique dansaient au-dessus de l’interface holographique, ajustant des paramètres dont même les ingénieurs les plus chevronnés n’auraient pas compris le tiers. Devant elle, dans une capsule blindée, un éclat de matière minérale lévitait lentement, traversé de filaments lumineux. Ce n’était pas la verdure brutale de la kryptonite habituelle, mais un mélange de vert doux et d’ambre, presque chaleureux.Léna gravait chaque chiffre dans sa mémoire. L’angle des ondes, la fréquence, la température. Ce projet était plus qu’une expérience : c’était un pari contre son propre nom. Luthor. Un nom qui évoquait la peur et les armes bien plus que la guérison.
— Encore un petit ajustement, murmura-t-elle pour elle-même.
Elle augmenta l’intensité du faisceau d’énergie concentrée. La pierre répondit par un frissonnement de lumière, comme si elle respirait. Des pulsations régulières, presque cardiaques, dessinèrent un rythme lent. Pour la première fois depuis longtemps, Léna sentit une pointe d’espoir lui serrer la gorge.Guérir les cellules kryptoniennes abîmées, stabiliser la structure moléculaire de la kryptonite, abolir la souffrance sans renforcer la faiblesse… Si cela fonctionnait, elle pourrait prouver à la terre entière qu’une Luthor pouvait créer autre chose que de la destruction. Elle pourrait prouver à Supergirl…Elle s’interrompit. Penser à Supergirl ravivait toujours en elle un mélange étrange d’admiration et de colère. L’héroïne qui l’avait sauvée, et qui en même temps lui avait caché l’essentiel. Quelque chose de chaud et d’aigu lui montait à la poitrine chaque fois que son esprit glissait vers elle.La porte hermétique du labo s’ouvrit dans un souffle.
— Toujours au travail alors que tout le monde est rentré chez soi. Tu vas finir par donner mauvaise conscience à la planète entière.
Léna n’eut pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix. Supergirl entra, silhouette nette découpée dans la lumière rouge des alarmes en veille, cape traînant légèrement sur le sol. La kryptonienne jeta un coup d’œil rapide aux écrans, puis au visage de Léna.
— Tu surveilles mes horaires de bureau, maintenant ? répliqua Léna, sans réussir à chasser complètement le sourire qui lui échappait.
Supergirl s’approcha, les yeux fixés sur la pierre flottante.
— C’est la nouvelle kryptonite dont tu m’as parlé ?
— Une variation synthétique, oui. Stabilisée, théoriquement inoffensive si on gère bien la fréquence d’émission. Elle pourrait bloquer les effets toxiques des autres formes en saturant certains récepteurs. En clair, moins de douleur, moins de…
— De souffrance, compléta doucement Supergirl.
Leurs regards se croisèrent. Un silence tomba, épais de tout ce qui n’avait jamais été dit.Kara voulait parler. Avouer. Le nom Kara Danvers lui brûlait presque la langue dès qu’elle franchissait le seuil du laboratoire. À chaque visite, elle se promettait que ce serait la bonne, qu’elle mettrait enfin fin au mensonge. Mais face à Léna, à ses yeux verts qui fouillaient les siens comme s’ils cherchaient une vérité cachée, sa gorge se nouait.
— Je voulais te remercier, dit Supergirl. Pour tout ce que tu essaies de faire, malgré…
Elle s’arrêta sur ce « malgré » qui contenait Lex, Lillian, le nom Luthor et tout le venin attaché à ces syllabes.
— Malgré ma famille ? termina Léna avec une ironie triste. J’ai l’habitude.
Elle revint à ses contrôles. L’énergie monta encore d’un cran.
— Si ça fonctionne, continua-t-elle, tu pourrais te rapprocher de la kryptonite sans être terrassée. Tu pourrais la neutraliser à la source.
— Ce serait… incroyablement utile, admit Supergirl.
Elle fit un pas de plus, fascinée par la lueur ambrée qui gagnait en intensité. Quelque chose dans cette lumière lui paraissait différent, presque… vivant.
— Tu es sûre de la stabilité du noyau ? demanda-t-elle, la voix un peu plus tendue.
— À 87,6%.
— C’est très précis pour une valeur pas tout à fait rassurante.
Léna eut un léger rire.
— Si on attendait la perfection, personne ne ferait jamais rien.
Elle modifia une dernière fois la matrice énergétique. Un son aigu, presque imperceptible, se fit entendre. La pierre vibra, plus vite, plus fort.
— Attends, Léna, le taux de résonance…
La phrase de Supergirl mourut dans un éclat aveuglant. La kryptonite ambrée explosa en une sphère de lumière qui les engloutit toutes les deux.Le temps se dissout. Il n’y eut plus que la sensation d’être décrochée du sol, arrachée à son propre poids. Une pression familière, mais déformée, écrasa et étira leurs consciences. Comme si quelqu’un prenait leurs vies et les retournait comme un gant.Puis, le silence.Léna ouvrit les yeux… mais pas ceux qu’elle connaissait. La première chose qu’elle remarqua fut la clarté presque douloureuse. Les contours du laboratoire lui apparaissaient avec une précision surnaturelle : la texture des murs, la poussière en suspension dans l’air, le reflet infinitésimal des diodes sur le métal poli. Tout brillait d’une netteté presque insoutenable.Elle inspira. L’air entra dans ses poumons comme une marée de chaleur. Quelque chose vibrait en elle, une puissance tranquille, brûlante, contenue juste sous la peau.Elle réalisa seulement alors que ses pieds ne touchaient plus le sol. Elle flottait à deux mètres du plancher, suspendue dans les airs, la cape rouge tombant dans son champ de vision.La panique monta à toute vitesse.
— Qu’est-ce que…
La voix qui sortit de sa gorge n’était pas la sienne. Lourde de surprise, mais plus grave, plus assurée.En bas, sur le sol du labo, une silhouette gisait. Une femme brune, costume sombre, cheveux défaits, le visage encore crispé par le choc.Son propre visage.
— Non…
Un gémissement étouffé monta du corps étendu. La femme se redressa lentement, vacillante. Ses mains tâtonnèrent le sol, puis montèrent jusqu’à son visage.
— Léna…?
Mais la voix, elle, était celle de Kara Danvers.
Un vertige brutal prit les deux femmes. Léna battit l’air inutilement, son corps répondant avec une aisance qui n’était pas la sienne. Ses muscles savaient flotter avant même qu’elle n’ait décidé quoi faire. En bas, Kara se redressa onctueusement, trébuchant dans des talons auxquels elle n’était absolument pas habituée.Elles se regardèrent. C’était comme se trouver devant un miroir devenu fou.
— Tu es… moi, articula Kara, dans le corps de Léna. Et moi, je suis…
Elle leva les yeux vers la silhouette flottante.
— Supergirl, acheva Léna, les mots tombant d’une bouche qui n’était pas la sienne.
Elle sentit le sol se rapprocher lorsqu’elle pensa seulement à descendre. Ses pieds rencontrèrent enfin le plancher, un peu trop vite. Elle chancela, mais l’équilibre revint aussitôt, instinctif.Kara, elle, posa une main sur sa poitrine. Sentit un rythme cardiaque plus fragile que celui auquel elle était habituée. Pas de bourdonnement de puissance solaire, pas de réserve inépuisable de force. Juste… une vulnérabilité humaine.
— Ça ne peut pas…
Son regard dériva vers la vitre de sécurité.
— Regarde, souffla Léna.
Dans le reflet assombri, deux femmes se tenaient côte à côte. Supergirl, le visage bouleversé, et Léna Luthor portant une expression où se mêlaient choc, incompréhension et une lueur blessée. Sauf que derrière ces visages, ce n’étaient plus les mêmes consciences.Les pièces s’emboîtèrent dans l’esprit de Léna d’un seul coup. Les absences de Kara, les disparitions de Supergirl, les regards trop attentifs, les excuses mal ficelées, la façon dont la kryptonienne semblait toujours comprendre ce qu’elle ressentait.Kara.Kara était Supergirl.
— Tout ce temps…
La voix de Léna trembla dans le timbre de Supergirl. Elle découvrait l’écho même de celle qui l’avait tant de fois rassurée en costume. Kara, dans son propre corps, prit une inspiration hésitante.
— Je… Je voulais te le dire, un jour, balbutia-t-elle.
Léna se retourna vers elle. Voir son propre visage articuler des mots qu’elle n’avait pas choisis provoqua une sensation d’étrangeté quasi insoutenable.
— Tu te moques de moi. Tu as eu des années pour le faire.
— Ce n’était pas si simple.
— Tu te lèves le matin, tu viens dans mon bureau, tu prends un café, tu joues à la meilleure amie, et après tu t’envoles sauver le monde ! Analyse ça pour moi, Kara. Qu’est-ce qui, là-dedans, n’était pas « simple » ?
Kara encaissa la colère de Léna comme un coup direct au plexus, bien que ce soit techniquement sa poitrine à elle qui montait et descendait sous le feu de la dispute.
— J’avais peur de te perdre.
Le silence qui suivit fut presque plus violent que l’explosion de lumière.Les alarmes du laboratoire finirent par se déclencher, tardives, chaotiques. Le système reconnaissait des anomalies énergétiques, des variations biométriques. Des agents de sécurité allaient arriver d’un instant à l’autre.
— On doit sortir d’ici, dit Léna.
La tension dans sa voix se heurta à la cape rouge qu’elle sentit glisser dans son dos.
— Tu peux voler, fit remarquer Kara, comme si cette phrase n’était pas la chose la plus folle qu’elle ait jamais prononcée.
— Techniquement, oui. En pratique…
Une détonation sourde retentit au niveau des portes blindées. Quelqu’un forçait l’entrée plus vite que les systèmes ne l’auraient rêvé.Les caméras de sécurité explosèrent toutes en même temps dans un crépitement de verre. Une voix triangulaire, distordue, résonna dans les haut-parleurs internes.
— Toujours à jouer avec des jouets dangereux, petite sœur.
Léna sentit un froid glacial remonter dans la colonne vertébrale qu’elle occupait. Lex.
— Il est là, dit-elle.
— Il ne peut pas te voir comme ça, répliqua Kara, en attrapant le bras de son propre corps, celui qu’elle occupait. Il ne doit surtout pas comprendre ce qui s’est passé avec la kryptonite.
— Trop tard, mesdemoiselles, chantonna la voix.
La porte explosa vers l’intérieur, arrachée de ses gonds par une charge ciblée. Lex Luthor apparut, costume impeccable, regard brillant de cette folie froide qui le dévorait depuis des années.Son regard balaya la scène : Supergirl, debout, un peu trop figée. Léna, debout aussi, respirant trop vite. Le laboratoire détruit, les restes scintillants de kryptonite ambrée flottant encore dans l’air.Un sourire carnassier étira ses lèvres.
— J’arrive pile au bon moment, on dirait.
Kara sentit Léna tressaillir dans le corps de Supergirl. Si Lex comprenait que la kryptonite n’était pas qu’une simple variation de son arme préférée, mais un vecteur possible d’échange, il s’en emparerait sans la moindre hésitation.
— Lex, tu n’as rien à faire ici, tenta Kara dans la voix de Léna, cherchant à sonner aussi glaciale que la vraie.
Lex s’inclina légèrement.
— Au contraire, c’est exactement là que je dois être. Tu joues avec des pierres qui interfèrent avec la physiologie kryptonienne… Et tu invites ton amie extraterrestre pour un test de terrain. C’est presque touchant.
Son regard s’attarda sur Supergirl. Ses yeux plissés, calculateurs, semblaient soupeser quelque chose.
— Tu as l’air… différente, aujourd’hui. Plus nerveuse.
Léna se raidit. Kara, dans son corps de mortelle, sentit la sueur lui perler dans le dos.
— Sors, Lex, ordonna-t-elle.
Il rit doucement.
— Je viens seulement récupérer ce qui m’appartient. Cette kryptonite est bien trop intéressante pour être laissée entre tes mains.
Il fit un geste, et deux drones armés surgirent derrière lui, traversant la fumée.Léna sentit la puissance affluer à travers ses veines. Comme une marée solaire répondant à une menace. Son corps – ou plutôt celui de Supergirl – se tendit, prêt à bondir. Elle pouvait briser ces machines d’une simple pression. Mais l’idée même de manipuler une telle force l’effrayait. Et s’il suffisait d’un geste mal contrôlé pour tuer quelqu’un ? Kara capta ce doute en un seul coup d’œil. Elles se connaissaient trop bien.
— Laisse-moi m’en occuper, dit-elle à voix basse, glissant ces mots en kryptonien par réflexe.
Léna cligna des yeux.
— Je ne parle pas…
Puis comprit que sa bouche traduisait automatiquement ce que son esprit formulait. Ce corps était un pont entre deux langues, deux mondes.Lex fronça les sourcils.
— Depuis quand parlez-vous en charabia alien, tous les deux ?
Le moindre décalage pouvait le rendre plus soupçonneux encore. Il fallait agir vite.Un drone tira.Le rayon partit en ligne droite vers Kara – ou plutôt vers le corps de Léna –, ciblant celle qui, dans le système, apparaissait comme la plus faible.Léna n’eut pas à réfléchir. Son corps bougea avant même qu’elle ne décide. En un éclair, elle fut entre le rayon et Kara, bras croisés devant elle. Le choc vibra sur sa peau sans la blesser, dissipé dans sa structure soudain plus dense, indestructible.Tout le labo résonna de l’impact.
— Tu… m’as protégée, balbutia Kara.
— C’est ce que font les héroïnes, non ?
La phrase lui échappa, amère et fière à la fois.Elle s’élança, cette fois volontairement. Le sol devint un souvenir sous ses pieds. Son corps fendit l’air avec une aisance déconcertante. Chaque mouvement trouvait sa trajectoire parfaite sans qu’elle n’ait à la calculer. Les drones explosèrent en une pluie d’étincelles sous la pression de ses poings.Lex recula d’un pas, cachant mal sa stupéfaction.
— Intéressant. Plus brutale, moins mesurée…
Ses yeux se posèrent sur Kara, restée en arrière, dans le corps de Léna. Une hypothèse se forma dans son esprit, rapide, venimeuse.
— Il y a quelque chose de très incorrect, ce soir.
— Tu ne te lasses pas de te tromper, Lex, cracha Kara en tentant d’imiter la sécheresse de sa sœur.
Il sourit, presque penaud, comme un enfant pris en faute alors qu’il préparait une bêtise.
— Peut-être. Mais je n’ai pas besoin de tout comprendre pour profiter du chaos.
Il activa un dispositif sur son poignet. Une décharge électromagnétique envoya au tapis la plupart des systèmes restants. Les lumières clignotèrent, le plafond gronda. Tout se dérégla. La capsule qui contenait les débris de kryptonite ambrée se fissura davantage, libérant de nouveaux filaments lumineux.
— Kara !
Léna tendit la main, mais déjà des arcs d’énergie serpentaient vers elles, comme des lianes de lumière cherchant à les happer à nouveau.
— Si ça recommence, on risque d’échanger encore, haleta Kara. Ou pire.
— Tu préfères rester coincée dans mon corps pour toujours ?
— Ce n’est pas la question !
Mais c’était aussi, exactement, la question. Qui elles voulaient être, et dans quel corps, avec quel nom.Kara attrapa la main que Léna lui tendait. Le contact fut un choc familier, malgré tout. Elles avaient déjà partagé des poignées de main, des accolades maladroites, des étreintes trop brèves. Mais cette fois, c’était comme si elles se prenaient elles-mêmes la main.Les filaments de kryptonite les encerclèrent, mais au lieu de se précipiter sur elles, ils semblèrent hésiter, tournoyer. La pierre, ou ce qu’il en restait, vibrait sur une fréquence différente.
— Tu peux la recalibrer ? demanda Kara.
— Tu me demandes de reprogrammer une pierre en pleine tempête quantique ?
— Tu as déjà fait pire un lundi matin.
Léna ne sut si elle devait rire ou hurler.
— D’accord. Mais il va falloir me faire confiance.
Elle avait lancé ces mots comme une pique, presque par réflexe. Pourtant, dans les yeux de Kara, elle vit quelque chose se déposer.
— Je te fais confiance, répondit la kryptonienne, sans détour.
Cette fois, c’était Kara qui tenait le pari le plus risqué.Léna inspira profondément, sentant la puissance de Supergirl dans chaque fibre musculaire. Ses doigts, plus fermes, plus précis, pianotèrent sur l’interface holographique, encourageant le champ de confinement à se reconfigurer autour des débris de kryptonite.Mais Kara, dans le corps de Léna, ne resta pas passive. Elle s’approcha des panneaux qu’elle connaissait par cœur après tant de nuits à regarder Léna travailler. Elle n’avait pas son génie, mais elle avait observé, mémorisé. Ses mains humaines, tremblantes, stabilisèrent une fréquence auxiliaire, bloquant les surtensions.
— Là, murmura-t-elle. Si on synchronise nos gestes…
Le flux de lumière s’intensifia, puis se resserra. Les filaments les enveloppèrent comme un cocon, sans brûler, sans mordre.
— Tu sais ce que tu risques, si on inverse le flux de la matrice ? demanda Léna.
— Oui. On revient chacune à sa place. Ou on se désintègre.
— Tu es d’un optimisme…
— Tu n’as pas remarqué que c’est ton influence sur moi, ça ? répliqua Kara, un demi-sourire accroché au visage de Léna.
Léna répondit par un souffle qui ressemblait vaguement à un rire étranglé.
— Lance la séquence, ordonna-t-elle. Ensemble.
Elles appuyèrent en même temps.Le monde se fragmenta.Léna sentit quelque chose se déchirer en elle, comme si son esprit quittait une armure trop vaste et trop lumineuse. Kara, de son côté, retrouva la sensation d’une force prête à jaillir, d’un lien indéfectible avec le soleil.Puis, le choc.Les deux corps heurtèrent le sol presque simultanément.Le silence.Un bourdonnement lointain, le gémissement des systèmes qui tentaient de redémarrer. Une odeur d’ozone et de métal brûlé.Léna remua les doigts. Ses doigts. Elle reconnut la légère raideur dans ses articulations, la texture familière de sa propre peau. Quand elle ouvrit les yeux, le monde avait perdu sa netteté surhumaine. Tout semblait un peu plus terne, un peu plus lointain, mais étrangement… juste.À quelques pas, Supergirl se redressa, une main sur la tête. La vraie Supergirl, cette fois : cape rouge, bottes, symbole kryptonien sur la poitrine.
— Kara, souffla Léna.
Le nom lui échappa avant qu’elle n’y pense.Supergirl se figea. La sonorité de son prénom dans la bouche de Léna avait une saveur brûlante.
— Tu viens de m’appeler…
— Ton nom, oui, confirma Léna. Ta double vie vient de perdre l’un de ses masques.
Elles restèrent immobiles un moment, au milieu du chaos. Lex avait disparu, profitant du tumulte pour s’éclipser, emportant avec lui assez de données pour devenir un problème dans n’importe quel futur proche. Mais, pour l’instant, il n’était plus là.Kara s’approcha de Léna, en marchant cette fois. Elle retrouvait le poids de sa propre force avec soulagement, mais aussi une nouvelle conscience : cette puissance, Léna venait de la porter quelques minutes. Elle avait senti ce que c’était que d’être l’héroïne que tout le monde regardait sans jamais vraiment voir.
— Tu vas bien ? demanda Kara.
Léna la fixa, longue seconde.
— Je vais… différente.
Ses yeux glissèrent vers les fragments de kryptonite ambrée, désormais immobiles, emprisonnés dans un champ de stase.
— J’ai été toi, Kara. Juste quelques instants, mais assez pour comprendre. Ta vision, ton ouïe, le poids de toutes ces voix qui t’appellent dès qu’elles ont peur. Ce n’est pas seulement de la puissance. C’est… une cage de verre.
Kara hésita.
— Et moi, j’ai été toi. Je savais que tu étais riche, influente, brillante. Mais sentir ce que ça fait d’entrer dans une pièce où chaque regard te soupèse, cherchant la Luthor derrière chaque geste… C’est épuisant.
Un rire sans joie s’échappa des lèvres de Léna.
— Bienvenue dans ma vie.
Kara baissa un instant les yeux, puis les releva avec une détermination nouvelle.
— Aujourd’hui, j’ai utilisé tes comptes pour financer des projets que tu avais mis de côté parce qu’on t’en empêchait. Des refuges dans les zones de guerre, des programmes d’énergie propre dans des villes oubliées. On a déjà des retours médiatiques. Le monde commence à voir une autre Léna Luthor.
— Ce n’était pas moi, objecta doucement la principale intéressée. C’était toi, dans mon corps.
— Non, rectifia Kara. C’était… nous. J’ai juste agi comme je pensais que toi, libérée de la peur de l’image, tu aurais voulu agir.
Léna resta silencieuse, frappée par cette idée. Une version d’elle-même, affranchie du regard des autres, capable d’embrasser sans retenue son désir sincère de faire le bien.
— Peut-être que cette kryptonite a fait plus qu’échanger nos corps, murmura-t-elle enfin. Peut-être qu’elle a échangé nos angles morts.
Kara sourit, un peu triste.
— Je suis désolée de ne pas t’avoir dit la vérité plus tôt.
Léna soutint son regard.
— Je suis furieuse, tu sais. Furieuse que tu aies décidé à ma place de ce que je pouvais ou ne pouvais pas savoir. Furieuse que tu n’aies pas eu assez confiance en moi.
Kara encaissa chaque mot sans détourner les yeux.
— J’accepte ta colère. Je veux juste… qu’elle ne soit pas la fin de tout ça.
Elle désigna d’un geste discret l’espace entre elles.Léna se tourna vers la capsule où reposaient désormais les fragments inertes de kryptonite ambrée. Elle approcha sa main du verre sans le toucher.
— Je ne sais pas encore ce que je vais faire de toi, avoua-t-elle à Kara.
Elle parlait d’elles deux autant que de la pierre.
— Mais je sais ceci : je ne peux plus prétendre que je ne te vois qu’en rouge et bleu, ou derrière des lunettes ridicules.
Un coin de la bouche de Kara tressaillit.
— Tu as toujours détesté mes lunettes.
— Elles ne trompent personne, Kara. C’est un miracle que ta propre sœur t’ait crue aussi longtemps.
Kara laissa échapper un souffle qui ressemblait à un rire de soulagement.
— Alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? demanda-t-elle.
Léna tourna enfin le dos à la kryptonite pour lui faire face complètement.
— Maintenant, on remonte. Tu vas voler au-dessus de cette ville, comme toujours, et moi je vais signer des contrats, donner des conférences et répondre aux interviews sur cette nouvelle politique philanthropique de L-Corp.
Elle marqua une pause.
— Mais, cette fois, on le fera les yeux ouverts.
— Ensemble ?
Léna hésita un instant.
— Ensemble. Mais ne t’avise plus jamais de jouer avec mon identité à ton insu. Une fois m’a suffi.
— Marché conclu.
Elles remontèrent au toit en silence. Là-haut, le vent nocturne rabattit la cape de Kara contre ses jambes. La ville déployait sous elles son échiquier de lumières.
— Tu sais, dit doucement Léna, en fixant l’horizon, quand j’étais dans ton corps… j’ai compris pourquoi tu continues malgré tout. Malgré les insultes, les attentes impossibles, la solitude.
— Et pourquoi, alors ?
— Parce que tu vois le monde d’une manière que personne d’autre ne peut. Parce que, pour toi, chaque cri est un fil que tu ne peux pas t’empêcher de suivre.
Elle tourna la tête vers elle, les yeux brillant de quelque chose de neuf.
— Et maintenant, moi aussi, je l’ai entendu. Juste une fois. Ça suffit à changer quelqu’un.
Kara baissa légèrement la tête, émue au-delà des mots.
— Et moi, j’ai compris quelque chose de toi, répondit-elle. Tu n’as jamais voulu être une Luthor comme les autres. Tu portes ce nom comme une armure et un fardeau à la fois. Si j’avais vraiment confiance en toi, j’aurais dû te laisser choisir de porter aussi ma vérité.
Léna inspira l’air frais de la nuit. Une décision se prit quelque part, silencieuse mais définitive.
— Considère que c’est ton deuxième départ, Kara Danvers. Cette fois, on fait les choses honnêtement.
Kara hocha la tête.
— Tu pourras toujours me demander n’importe quoi. Je ne te mentirai plus.
Un sourire, enfin, se glissa sur les lèvres de Léna.
— Je m’en souviendrai. Et je te préviens : j’ai une liste de questions longue comme ta cape.
Kara rit.
— Par quoi tu veux commencer ?
— Par comment on explique à Alex que tu as brûlé la moitié de mon labo alors que tu étais, techniquement, dans mon corps.
— Oh. Euh… On pourrait dire que…
— Non, coupa Léna. Pour une fois, pas d’excuses absurdes. On lui dira la vérité.
Kara la regarda, surprise, puis hocha la tête.
— D’accord. La vérité, alors.
Supergirl déploya ses bras, prête à s’élever dans les airs. Elle s’immobilisa cependant juste avant de décoller, se tournant une dernière fois vers Léna.
— Tu sais, si jamais tu veux… revisiter l’expérience, mais sans les explosions et les drones de Lex…
— Kara.
— Oui ?
— Une chose à la fois. On commence avec des dîners, des discussions honnêtes, et éventuellement des cafés où tu n’as pas à te changer dans les toilettes.
— Ça me va.
Dans un souffle de vent, Kara quitta le toit, traçant une ligne rouge dans le ciel noir.Léna resta seule un moment, les cheveux balayant sa joue. Elle glissa la main dans la poche de sa veste et en sortit un minuscule fragment de kryptonite ambrée qu’elle avait subtilisé avant la mise en stase.La pierre scintilla légèrement au creux de sa paume, comme un cœur minéral.
— Tu n’as pas échangé nos corps pour nous punir, murmura-t-elle. Tu nous as juste forcées à nous regarder vraiment.
Elle referma les doigts, décida de garder ce secret-là pour elle seule, du moins pour l’instant.Puis elle se tourna vers la porte menant à l’ascenseur.En bas, l’attendaient des contrats, des journalistes, des ennemis. Mais aussi une alliée qui volait quelque part dans le ciel, et qui, désormais, ne lui tournait plus le dos sous un faux nom.Pour la première fois depuis longtemps, Léna Luthor descendit affronter le monde en se sentant un peu moins seule.Et, planant au-dessus de la ville, Supergirl se sentit, elle aussi, un peu moins isolée dans sa course perpétuelle entre le jour et la nuit.

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